On se représente souvent le rock comme étant un genre qui appartient au passé. Pourtant, l’année 2025 a été marquée par des sorties d’albums expérimentaux appartenant à cette mouvance et qui sont autant de témoignages du fait que la musique de demain pourrait être façonnée par des œuvres d’un genre dont on croyait qu’elle n’avait plus rien de neuf à exprimer. Voici 5 albums d’une telle nature qui ont retenu l’attention.
Pain to Power– Maruja
Maruja a fait le pari inhabituel de mettre à l’honneur un instrument qui ne figure pas au nombre de ceux qu’incorporent une formation de rock classique : le saxophone. Lancinantes et frénétiques, les mélodies qui s’en échappent ici sont les pièces maîtresses des huit morceaux de post-rock – un genre aux contours flou dont les représentants écrivent le plus souvent des compositions non-linéaires, caractérisées par une structure progressive dénuée de répétitions et refrains – qui composent Pain to Power. Ce fruit des expérimentations du groupe est un projet à la sonorité dramatique et apocalyptique, et cependant rempli de la lueur d’espoir que constitue le timbre clair et virevoltant de son cuivre.
Pirouette– Model/Actriz
Pirouette est un album remarquable d’ambivalence : terriblement entêtant, il mêle des textures industrielles inquiétantes à des rythmes caractéristiques de la dance music. Un kick de grosse caisse bat inlassablement chaque temps dans l’essentiel de ses mesures, offrant à entendre une pulsation régulière dont on aurait pu se figurer qu’elle siérait davantage à de la house qu’à du rock. L’utilisation de guitares saturées et de lignes de basses aussi grasses que répétitives par Model/Actriz est toutefois un évident témoignage de ce que leur dernier album trouve ses racines profondes dans le punk-rock. Ce produit d’une hybridation de genres forme une œuvre hypnotisante qui ne manquera pas de faire bouger la tête de ceux qui sont sensibles à son charme singulier.
Hornet Disaster–Weatherday
Hornet Disaster est un mur de son. Incarnation moderne du noise-rock, il a pour caractéristique essentielle d’être bruitiste : difficile de distinguer immédiatement les différents instruments que comportent ses compositions. Cet hermétisme porte l’oreille avertie à prêter une attention toute particulière aux mélodies lumineuses et mélancoliques tapies par-delà les grésillements des cordes métalliques que fait vibrer énergiquement Weatherday. L’album est porté, dans ce qu’il exprime de vague à l’âme doux-amer, par la voix fragile de son chanteur qui, si elle ne brille pas par ses qualités techniques, est remarquable d’expressivité : ce dernier abandonne parfois la justesse pour laisser libre cours à une intensité vocale que la douceur habituelle de son
chant rend insoupçonnée.
Getting Killed – Geese
Getting Killed est sans aucun doute l’album le plus difficile à décrire de cette liste : indie, progressif, bluesy, psychédélique et punk, il constitue une véritable mosaïque musicale qui sait être cohérente malgré le caractère hétéroclite des éléments qu’elle incorpore. Geese a créé un album surréel qui oscille habilement entre épisodes de cavalcade énergique et ballades douces, un mouvement auquel s’adapte parfaitement son lead singer qui sait user du timbre ample de sa voix pour accompagner l’instrumentation changeante. Cet équilibre est sublimé par la production de Getting Killed : les pistes audios ont été traitées avec une remarquable finesse, si bien qu’elles sont toutes distinctives et soulignent la richesse des sonorités qu’elles enregistrent.
Lonely People With Power– Deafheaven

Tous genres confondus, si l’on en croit les critiques du public, Lonely People With Power est un sérieux prétendant au titre de meilleur album de l’année 2025. Le métal progressif et abrasif de Deafheaven constitue une musique envahissante qui mêle désespoir tragique et optimisme épique. Ces deux dimensions si dissonantes de l’œuvre du groupe américain sont indéfectiblement jointes en cœur dans les cris gutturaux et perçants de son chanteur, dont la voix se superpose aux envolées entremêlées de guitares dont le timbre clair et puissant pourrait être qualifié de cosmique tant il semble s’exprimer dans le lointain tout en manifestant une présence que rien ne peut éclipser.
Nicolas, pour l’Assrock
12/2025
