Notre Dame : reconstruction à l’identique, drame architectural 

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A l’occasion de la réouverture des deux tours de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 20 septembre pour les Journées européennes du Patrimoine, [l’auteur de l’article] revient sur les choix architecturaux qui ont été faits au moment de sa reconstruction.

Parmi les nombreuses surprises qu’elle aura réservées, l’année 2024 s’est finalement soldée par la réouverture au public de Notre Dame de Paris. Au-delà d’une prouesse humaine et technique, ne faudrait-il pas – également – voir dans ce chantier un signe de régression ?  

15 avril 2019. Peu après l’incendie de la cathédrale, s’est rapidement posée la question  des modalités de sa reconstruction. Parmi les interrogations soulevées, le débat public s’est  rapidement focalisé sur le choix de reconstruire ou non, à l’identique.  

Si l’architecture est une problématique qui a interrogé jusqu’au sommet de l’Etat (cf les  impulsions présidentielles en faveur d’un « geste architectural contemporain»), c’est parce que cet  art cristallise de nombreux enjeux aux conséquences d’ordres divers.  

Pour décrire l’architecture, l’écrivain Nathan Devers emploie la belle expression d’ « art visage », soulignant à cette occasion sa vocation à refléter une époque donnée. Véritable miroir  d’une société, elle représente en effet la manière que celle-ci a de se projeter dans l’avenir et  d’envisager sa trace dans le dialogue du temps. Les constructions présentes sont des liens qui  unissent passé et futur, des transitions pérennes vouées à durer là où l’Homme ne fait que passer.  

Ces observations ainsi formulées, pourquoi avoir alors fait le choix de reconstruire à  l’identique ? Quels facteurs ont motivé une telle décision ? Derrière ce renoncement, la réponse  implicite apportée à ces interrogations consiste à considérer que notre époque n’avait finalement  rien à apporter et à léguer à la postérité. La vérité est d’autant plus criante que Notre Dame est  considérée habituellement comme un monument palimpseste ; c’est-à-dire que ses murs ont  accueilli des apports à chaque fois que l’occasion s’est présentée, lors des étapes progressives  de sa construction.  

Et pourtant… Et pourtant ce n’étaient pas les projets qui manquaient à l’appel. De  l’inclusion de nouveaux vitraux à la poursuite des deux tours de façade (telles qu’imaginées  initialement par Viollet-le-Duc soit dit en passant) en passant par les modifications de la flèche,  les pistes étaient nombreuses. Si la voie d’une modification n’a finalement pas été retenue ce  n’est donc pas tellement du fait de l’absence d’idées ou encore d’une quelconque pression  populaire – l’innovation étant génératrice elle-même de son lot de critiques – mais bien parce que  les différents maillons de la chaîne de décision ont renoncé à l’audace.  

Où sont passés Renzo Piano, Le Corbusier et Frank Gehry ? Certes leurs projets auront  été loin de faire l’unanimité par le passé mais ceux-ci avaient le mérite d’être clivants. En ce sens,  ils apportaient justement quelque chose et bousculaient le consensus. La question n’est pas tant  de savoir si cela était esthétiquement réussi ou non (pour cela chacun aura sa propre réponse)  mais d’avoir proposé une réponse innovante ; de ce point de vue, force est de constater que cela  est réussi. En témoigne, par exemple, le récent article du New-York Times qui met en lumière la  Cité Oasis à la Grande Motte.  

Certes les praticiens qui liront cet article auront le réflexe – légitime – de dénoncer le rôle  de normes administratives souvent jugées trop lourdes. Même s’il convient probablement de  revoir leur importance, il faut aussi souligner que c’est justement le propre de la profession  d’architecte et ce qui fait sa beauté, de composer une idée sous la pression de facteurs externes :  des contraintes urbanistiques donc, mais aussi un héritage historique ou encore un  environnement géographique.  

L’émergence et le succès de figures telles que Jean-Michel Wilmotte, Jean Nouvel ou  encore Ora Ito dans l’univers du design, montrent que ce déclinisme n’est pas une fatalité mais  qu’il existe un chemin pour renouer avec l’audace malgré les contraintes contemporaines liées à  la soutenabilité et au fonctionnalisme. A nous de faire ce choix. 

Nerio Gendrot, 14/09/25

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