Comment susciter le débat européen sur le campus d’HEC ?

Partant du constat que les enjeux européens n’occupent qu’une faible part du débat politique sur le campus, Jules Daullé, jeune et fringant L3, et Christian Maingot, M1 nostalgique de sa GEP Milan et président de European Horizons, se proposent de discuter des moyens à mettre en oeuvre pour donner à ces questions la place qu’elles méritent. 

Jules Daullé : HEC compte de très nombreuses assos pros, liées à l’entrepreneuriat, la géopolitique, la finance ou d’autres secteurs dans lesquels la dimension européenne est très prégnante. Pourtant, peu font de l’Europe un axe explicite de réflexion. Dans la plupart des évènements ou des conférences organisées par ces mêmes assos, l’UE est souvent un contexte périphérique plutôt qu’un sujet central. Considères-tu que les assos pros d’HEC intègrent suffisamment les enjeux européens dans leurs activités ? 

Christian Maingot : Tu as tout à fait raison, aujourd’hui l’Europe est partout, sans que l’on y prête forcément attention. On estime entre 20 et 30% la part du droit qui a une origine communautaire. Certes, on est loin du mythe des 80% avancé par des personnes aux intentions très diverses, mais cette part est appelée à augmenter à mesure que les compétences de l’Union s’élargissent. On peut s’y opposer mais pas ignorer ce fait. 

Maintenant, je reconnais que les questions européennes peuvent être difficiles à aborder. Les institutions européennes souffrent d’une accusation (en partie fondée, à mon avis) de technocratie, et la dimension européenne manque des outils qui permettraient un vrai débat entre Européens (des médias transnationaux, des partis politiques, des rencontres, etc.). 

Néanmoins, c’est aussi de notre responsabilité en tant qu’étudiants à HEC de se projeter dans cet espace européen qui façonne nos politiques publiques, nos entreprises, et in fine, nos futures carrières.

En même temps, je salue l’initiative de certaines associations comme HEC Economic Advisory en partenariat avec le Club Voile pour l’organisation de la conférence passionnante avec Philippe Oddo sur la finance comme outil de souveraineté européenne. De notre côté, à European Horizons, nous préparons des partenariats avec plusieurs assos du campus pour des conférences à venir, donc restez branchés !

JD : De même, les questions européennes sont-elles suffisamment intégrées dans les cours ou restent-elles un thème périphérique ? Pour le dire plus crûment, est-ce que HEC ne « saute » pas une étape en voulant préparer les étudiants à des carrières mondiales sans les préparer spécifiquement à une carrière européenne (alors que l’Europe est sans doute la première étape de toute stratégie internationale) ? 

CM : Je pense que de nombreux cours gagneraient à ajouter cette dimension européenne à leur programme, qu’elle soit déjà présente dans leur discipline dans la vie réelle ou qu’il s’agisse d’un axe de réforme à mener. Par exemple, on pourrait engager en cours de Droit des Sociétés le débat sur pourquoi diable n’arrive-t-on pas à unifier les modèles de sociétés en Europe pour faciliter leur implantation selon les mêmes normes à travers tout le continent. En Financial Economics, on pourrait discuter des fuites massives de capitaux vers les États-Unis qui ont un marché unifié des capitaux, dont l’Europe manque cruellement afin de faire émerger des champions industriels, dans le numérique par exemple. En Finance d’entreprise, il serait intéressant d’aborder les fusions de leaders nationaux stratégiques pour l’avenir de l’Europe ou de mettre davantage l’accent sur les normes en matière de finance durable dans laquelle l’Union est le fer de lance, et cetera. On renouerait ainsi avec des débats d’économistes et de géopolitologues qui en ont sûrement intrigué plus d’un en prépa. Et on formerait les managers que nous sommes appelés à devenir aux enjeux concrets de demain, conscients des mutations que nos sociétés traversent.

L’enseignement des langues à HEC est également un autre angle à renforcer selon moi, pour poursuivre et diversifier l’apprentissage et l’ouverture aux cultures voisines de la nôtre.

Je reconnais cependant qu’il existe d’excellents cours à HEC qui se focalisent sur l’Europe (l’électif Affaires européennes, le Great Challenge Simulation de négociation européenne en M1) qui s’adressent aussi bien aux néophytes qu’aux férus de questions européennes.

JD : L’élite administrative, financière et économique européenne est largement nourrie par des écoles de management comme HEC. La posture du retrait semble donc problématique : elle crée un fossé entre le pouvoir réel qu’auront ces futures élites et la faible implication dans le débat européen. En tant qu’étudiant d’HEC peut-on se permettre de ne pas participer au débat alors qu’on est censé faire partie de la future élite européenne ? Une partie des étudiants disent ne pas faire de politique, comme si toutes ces opportunités tombaient du ciel. Se désintéresser des questions de politiques européennes, est-ce vraiment neutre quand on bénéficie d’Erasmus, de la libre circulation, ou des doubles-diplômes intra-européens ?

CM : Il faut bien se rendre compte qu’HEC est l’une des écoles qui bénéficie le plus concrètement de l’intégration européenne. Les DD et GEP Europe sont une véritable chance, et puisque tu suis mes traces à Milan au semestre prochain, tu auras l’occasion de le découvrir par toi-même ! 

J’aimerais ici rappeler que tout cela est le résultat de choix et de combats politiques. Se détourner des débats en cours sur notre continent n’est pas une position neutre mais un oubli des conditions mêmes qui rendent nos parcours possibles. 

Si les Européens se désintéressent de l’Europe, qui va la défendre moralement, politiquement, économiquement, et in fine militairement face aux intérêts des grandes puissances internationales voraces ?

Nous ne manquons pas de cerveaux, de bras ou de capitaux en Europe. Nous manquons de volonté politique forte. Or ma conviction est que celle-ci ne peut émerger que si les citoyens s’engagent pleinement. Et les citoyens, c’est aussi nous, étudiants d’HEC. Alors intéressons-nous à notre sort.

JD : En donnant la parole aux acteurs qui façonnent les politiques européennes, European Horizons offre un accès direct aux lieux de pouvoir européens et rend les enjeux plus concrets pour les étudiants. Penses-tu réellement que la présence d’experts ou de décideurs européens invités par European Horizons peut permettre de créer une véritable culture du débat à HEC ? De plus, le sujet européen souffre souvent d’une image technocratique. L’asso peut-elle réussir à rendre l’Europe plus « sexy » pour des étudiants qui ne s’y intéresseraient pas spontanément ? Et l’usage des réseaux et d’Internet dans tout ça ?

CM : Merci, de me donner l’occasion de faire un petit instant promo pour European Horizons ! 

À European Horizons, nous nous sommes donnés la mission de faire naître ce débat européen sur le Josas. Oui, je crois que l’organisation de conférences peut aider à faire comprendre certains aspects des institutions et des politiques européennes, vues de l’intérieur. Nous allons nous efforcer de prolonger la réflexion sur notre site internet (https://www.european-horizons-hec-paris.fr) et au travers de notre newsletter bimensuelle.

On vous invite tous à commenter nos articles, à en discuter et à les partager autour de vous. Par ailleurs nous allons essayer de profiter du réseau global de European Horizons, qui existe dans plus de 60 universités prestigieuses sur trois continents, pour confronter les points de vue. 

 

 

Christian Maingot, Jules Daullé
HEC Média x HEC European Horizons
12/2025

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