Coup d’œil sur les sorties de l’hiver 2026

Dans cet hiver cinématographique chargé en sorties, HEC Média vous présente les films à voir et ne pas voir.

Résurrection de Bi Gan (Chine/France). Prix spécial du Festival de Cannes. Alerte film majeur. Bi Gan, le jeune réalisateur chinois qui avait déjà fait parler de lui en 2019 pour Un grand voyage vers la nuit passe dans une nouvelle dimension. Dans un futur où les humains ont perdu la capacité de rêver, une femme (Shu Qi, icône du cinéma taïwanais des années 2000) se lance à la poursuite d’un monstre (Jackson Yee, jeune coqueluche des productions industrielles chinoises) dont on dit qu’il resterait dans un rêve permanent. Ce programme est théorique. Bien plus qu’un film de science-fiction, Résurrection est un film ovni, où les rêves du monstre sont une excuse pour retracer cinq époques du cinéma. Mais là où de moins bons films (le Babylon de Damien Chazelle en tête) se contentent d’un rapport béat, niais, au cinéma, la perspective de Bi Gan est sans doute bien plus intéressante. Avec Résurrection, il revient sur un siècle de cinéma, des frères Lumière à Orson Welles, mais aussi – et c’est ce qui fait la force du film – sur la manière dont le cinéma médie, recrée et réfléchit un siècle d’histoire chinoise. Ce n’est pas un hasard si les cinq segments qui composent le long-métrage correspondent chacun à un traumatisme national (l’opium, la Guerre sino-japonaise, la Révolution culturelle, le socialisme de marché et l’ouverture), avant de s’achever sur le premier lever de soleil du XXIème siècle. C’est l’annonce d’un nouveau départ, la possibilité d’un « siècle chinois », pour reprendre la formule du journaliste Henry Luce. C’est sans doute également un tournant critique du cinéma chinois, où une nouvelle génération commence à s’imposer sur la scène internationale. On peut ainsi voir dans une séquence de karaoké présente à la fin du film un passage de relais symbolique, où le naturalisme historique d’un réalisateur comme Jia Zhang-ke (à travers la chanson Butterfly, référence explicite au précédent film de Jia, Les Feux sauvages) laisse place à l’onirisme holistique de Bi Gan.  Si certaines séquences atteignent des sommets (les vingt premières minutes et surtout l’époustouflant plan séquence – long d’une heure – qui clôt le film), on regrettera une certaine inconstance entre les segments (celui du temple, dans une moindre mesure celui du train). Le discours sur le cinéma est sans doute didactique à l’excès, et le film souffre de son intertextualité avec le Holy Motors de Leos Carax (les deux partagent par ailleurs son producteur). Mais Résurrection restera sans doute pour autant l’un des films-clés des années 2020. Sortie le 10 décembre.

L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho (Brésil/France). Prix d’interprétation masculine, prix de la mise en scène du Festival de Cannes. Dans les années 1970, un quarantenaire au passé ténébreux (Wagner Moura, vu dans Narcos) fuit une menace inconnue au cœur du carnaval de Recife, en pleine dictature militaire. Un thriller sur la dictature brésilienne, réalisé par un cinéaste majeur :  ce n’est pas sans rappeler l’autre film sorti en janvier sur le même sujet, Je suis toujours là de Walter Salles. Mais la comparaison s’arrête ici. Là où Salles se complaisait dans un classicisme maladroit et un dolorisme fatiguant, Mendonça Filho adopte une perspective bien plus intéressante. Il ne s’agit pas tant de filmer la dictature que d’étudier le traumatisme mémoriel qu’elle engendre sur la société brésilienne : les problématiques de la filiation, du manque sont omniprésentes jusque dans la forme même du film, souvent elliptique et basculant d’une temporalité à l’autre. C’est le portrait d’une société qui hésite, qui peine à se définir et à se souvenir. Et Kleber Mendonça Filho d’en jouer, d’appuyer la confusion des genres (on passe ainsi du thriller au body horror, à la grosse comédie). Avertissons cependant le spectateur que le tout rend le film quelque peu labyrinthique et difficile à suivre, ce qui est regrettable compte tenu de sa durée (2h40 !). Sortie le 17 décembre.

Magellan de Lav Diaz (Philippines). Dans un des plus beaux films du dernier festival de Cannes, Lav Diaz revient sur la figure de l’explorateur portugais, premier à avoir lancé la colonisation des Philippines. Mais le cinéaste philippin n’a manifestement aucune envie de faire un biopic – au sens classique du terme – : de la vie de Magellan on ne verra que des bribes, couvertes par le silence assourdissant et l’étrange sensation de mal-être que cultivent ses longs plans fixes. Un grand film sur le colonialisme et sur la réappropriation cinématographique par le Sud global de ses représentations. Sortie le 31 décembre.

Les Échos du passé (Sound of Falling, Allemagne) de Mascha Schilinski. Prix du Jury du Festival de Cannes. Quatre générations de femmes allemandes sont reliées par une même maison. La réalisatrice, Mascha Schilinski, est une parfaite inconnue : son premier film avait été projeté à une section parallèle de la Berlinale, dans l’indifférence générale. Elle est pourtant, dès le film suivant, sélectionnée dans la compétition cannoise et auréolée d’un accueil critique retentissant. Comment l’expliquer ? C’est sans doute l’envergure de son projet qui a marqué : filmer un siècle de violences patriarcales, sur trois heures. Mais Mascha Schilinski a les yeux plus gros que le ventre : passer une après-midi à voir des Allemands déprimés et nous dire de nous suicider, sans que l’on ne comprenne quoi que ce soit aux enjeux narratifs, c’est très long. Sortie le 7 janvier.

Le Son des souvenirs (The History of Sound, Etats-Unis) de Oliver Hermanus. Dans les États-Unis des années 1920, deux musiciens (Paul Mescal, vu dans Gladiator 2 et Aftersun et Josh O’Connor, dans La Chimera et Challengers) entament une relation, alors qu’ils traversent le continent pour composer un répertoire de chansons folkloriques. Passez votre chemin. Mal écrit, mal joué, mal filmé, alourdi par le classicisme plat typique des productions auteurisantes américaines : on se demande quel intérêt les sélectionneurs du Festival de Cannes ont bien pu trouver à cette daube. Sortie le 26 février.

Die My Love de Lynne Ramsay (Etats-Unis). La réalisatrice britannique s’entoure d’un casting de choix – Robert Pattinson et Jennifer Lawrence dans les rôles titres – pour filmer un récit intimiste sur la dépression post-partum. À raison : ce couple en pleine décomposition est parfaitement interprété, et c’est la force d’un film qui pêche en revanche par son caractère brouillon et confus. Tout ceci tient certes d’une volonté de filmer la descente aux enfers de la mère, son basculement mental. Mais l’ensemble donne quand même l’impression d’une certaine superficialité et de n’aller nulle part, au risque de perdre le spectateur. Sortie le 4 mars.

 

Hadrien Leulliot, Etudiant HEC x ENS
11/2025

 

 

Laisser un commentaire

En savoir plus sur HEC Média

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture