Qu’est-ce que le thé ? Le campus n’entend que rarement parler de cette mystérieuse boisson, supplantée par le café en périodes de révisions, et honteusement absente lors des POW et autres réjouissances. Alors que les tendances sociales actuelles appellent à la reconnaissance des minorités, je me devais, par le présent article, de renforcer la visibilité de cette malheureuse boisson, injustement opprimée par la tyrannie des breuvages majoritaires du campus que sont… heu… Sachant que mes parents, voire mes futurs recruteurs, pourraient un jour tomber sur cet article (disclaimer à leur intention : je ne bois que du thé et du coca – ah oui et de l’eau aussi), je vous propose de m’arrêter là dans ma description des us et coutumes jovaciens, et d’entrer directement dans le vif du sujet.
D’où vient le thé ? Comment sa consommation s’est-elle propagée à travers le monde ? Comment a-t-il été intégré dans différentes cultures et traditions ?
Si vous ignorez la réponse à ces questions – ou si vous avez naïvement répondu : « bah, du Auchan pourquoi ? » à la première d’entre elles, cet article est fait pour vous !
Les origines du thé
L’histoire du thé débute en Chine, il y a environ 5 000 ans, période où il commença à être utilisé en tant que boisson. Toutefois, cette histoire est alors tant mêlée à la légende que nous ne savons pas vraiment comment tout cela a bien pu se dérouler. D’après la tradition chinoise, c’est l’empereur Shen Nong qui découvrit ce breuvage, et ce tout à fait involontairement. Alors qu’il faisait bouillir de l’eau pour la purifier, il s’assoupit au beau milieu de son jardin, et ne vit pas que quelques feuilles de l’arbre sous lequel il se trouvait tombaient dans le liquide… À son réveil, il goûta la boisson accidentellement obtenue et la trouva délicieuse. S’apercevant que l’arbre en question était un théier, il ordonna qu’il soit systématiquement cultivé dans ses jardins, et s’attacha à populariser ce breuvage auprès de sa cour…
Telle est la légende chinoise de la découverte du thé. L’histoire, toutefois, varie beaucoup selon les aires culturelles. La version japonaise est ainsi bien plus surprenante, mêlée au fantastique : après trois années de méditation ininterrompue, le Bodhi Dharma finit, épuisé, par s’endormir. (Âmes sensibles, vous pouvez interrompre ici votre lecture, et passer directement au paragraphe suivant) Y voyant là une grave faute, il se trancha les paupières et les jeta à terre. Lorsqu’il revint, plusieurs années plus tard, il s’aperçut qu’elles avaient germé pour donner naissance à un arbuste inconnu… et découvrit que ses feuilles avaient la propriété de le tenir éveillé, et donc de lui permettre de rester constant dans ses médiations ! Grands mystiques et fidèles de la CC, cette boisson est donc pour vous…
Les débuts du thé restent ainsi emprunts de mystère… mais son apparition en Europe, beaucoup plus tardive, est bien mieux documentée !
On croit souvent que les Anglais furent les premiers à importer du thé en Europe… ce qui est faux ! C’est une compagnie hollandaise, la Compagnie des Indes Orientales, qui en apporta les premières caisses à Amsterdam, en 1606. Le thé n’apparaît en Angleterre que cinquante ans plus tard, en 1653 ! (Certaines sources mentionnent une apparition plus précoce aux alentours de 1615). Il y connaît un succès fulgurant, porté par la cour et la noblesse, qui le démocratisent. S’il apparaît en France à la même période, sa propagation y est bien plus lente, du fait de la concurrence du café.
Mais si la demande en thé augmente fortement, l’offre reste assez faible en raison des difficultés d’acheminement, le thé étant importé par bateau depuis la Chine. Ce qui explique des prix très élevés : entre 700€ et 800€ le kilo ! (En convertissant les monnaies de l’époque). À la fin du XVIIIesiècle, l’Angleterre organise donc tout un système commercial centré autour de cette précieuse denrée : le pavot qu’elle produit en Inde, sa colonie, est transformé en opium, échangé en Chine contre les feuilles tant convoitées qui sont ensuite ramenées en Europe. Mais la situation se gâte lorsque l’empereur chinois décide d’interdire l’importation d’opium. Pour diversifier ses approvisionnements, l’Angleterre commence alors à cultiver elle-même cette précieuse plante, d’abord dans l’Assam (Nord de l’Inde), puis dans d’autres régions comme Darjeeling et Munnar. Avec le temps, des plantations sont aussi instaurées sur d’autres continents, notamment en Afrique et en Amérique du Sud… Et même en France, bien que les tentatives n’aient pas été très fructueuses !
Aujourd’hui, la production mondiale de thé s’élève à près de sept millions de tonnes par an, dont 49% produit en Chine et 21% en Inde.
Différentes tea-cultures
Le thé s’est propagé sur tous les continents mais, il est consommé de manière très différente selon les pays et les aires culturelles. Les usages varient tant en termes de recettes que de traditions de consommation.
En France, par exemple, nous nous contentons souvent d’infuser des sachets dans de l’eau bouillante, et en consommons d’habitude une grande tasse au petit déjeuner, parfois au goûter.
La simplicité de cette pratique tend à faire sourire certains de nos amis étrangers, les Indiens notamment. Il est sûr que leur recette est un peu plus complexe : les feuilles, entières ou broyées, sont longuement bouillies (parfois plus d’une heure !) avec du lait, du sucre et des épices, telles que la cannelle, le clou de girofle, la cardamome ou le gingembre. Chacun a sa recette, les principales différences résidant dans la proportion eau/lait et la quantité de sucre et d’épices utilisée.
Contrairement à nous, les indiens boivent leur thé dans de toutes petites tasses car ils en reprennent tout au long de la journée ! Ce qui explique cette profusion de vendeurs ambulants que l’on retrouve partout, au bord des routes comme dans les trains.
Un autre exemple intéressant, et auquel on pense moins souvent, est les États-Unis. Si nous avons l’habitude de boire notre thé bien chaud, les Américains, eux, l’apprécient glacé ! Les restaurants le servent durant les repas, dans de grands verres remplis à ras bord de glaçons (il y a d’ailleurs souvent plus de glaçons que de thé), parfois accompagné de sucre ou de jus de citron. Ceci n’empêche toutefois pas les Américains de consommer également du thé chaud au petit-déjeuner.
Enfin, nous ne pourrions conclure cet article sans nous intéresser à deux pays qui ont intégré le thé au cœur même de leurs traditions : le Japon et l’Angleterre.
Au Japon, la cérémonie du thé est associée à un art du raffinement. Née de la tradition bouddhiste, elle transmet des valeurs d’harmonie et de respect. Tout est donc extrêmement codifié : après s’être purifiés, les invités prennent place sur un tatami, traditionnellement installé dans un pavillon dédié. L’hôte commence par nettoyer les ustensiles avec un carré de soie, avant de procéder à la préparation du thé : il verse d’abord l’eau dans un bol avec une louche en bambou, avant d’y ajouter du matcha en poudre (car contrairement aux Indiens ou aux Américains, les Japonais sont plutôt des consommateurs de thé vert) et de mélanger avec un fouet. Avant de boire, les hôtes, servis un par un, doivent saluer leur voisin, lever leur bol en signe de respect, puis le tourner pour ne pas boire depuis la face avant (considérée comme la plus belle partie de l’objet). Il existe bien sûr nombres d’autres règles très précises, qui peuvent varier selon qu’il s’agit d’une cérémonie brève ou d’une cérémonie plus longue (qui peut durer plusieurs heures !).
Enfin, nombre de bandes dessinées françaises ne manquent pas de représenter, avec un trait d’humour, le célèbre tea-time anglais. On y voit par exemple un soldat britannique qui, en pleine offensive, s’arrête soudain au milieu des obus et tire une tasse d’on ne sait où, car l’heure est venue de déguster ce délicieux breuvage, et il ne serait pas envisageable de remettre cette tradition à plus tard…
Le tea-time est un moment de pause conviviale où l’on partage du thé et des gâteaux ou pâtisseries, comme des cheesecakes, des sponge cakes, ou encore les fameux scones. Si l’on buvait traditionnellement du thé noir, tous les types de thé sont aujourd’hui utilisés.
Cette pratique a été introduite vers 1830 par l’aristocratie anglaise, avant de s’étendre au reste de la société. Comme dans le cadre de la cérémonie japonaise du thé, il existe en théorie un certain nombre de règles – comme placer un verre d’eau à gauche de la tasse à thé ou encore orienter l’anse de la théière vers la droite – mais tout le monde ne les respecte pas aujourd’hui.
Enfin, pour les plus passionnés d’entre vous, sachez qu’une association d’HEC hélas disparue, Trois Lettres, promouvait la consommation de thé lors de ses cafés littéraires – preuve que cette boisson à déjà eu ses entrées sur le Josas et a, un jour, fait partie de la culture du campus !
Si cet article vous a convaincu, sachez qu’il est possible de se procurer du thé très facilement ! Cette boisson est en effet disponible au Auchan (à droite en sortant du campus, le bâtiment avec un oiseau rouge) pour la modique somme de 2.05€. Nous informons nos confrères d’ESP’R qu’une version bio est disponible. Enfin, si vous souhaitez faire l’expérience d’autres tea-cultures et, même visiter une plantation, sachez que deux places par an sont disponibles en GEP Inde (non, non, personne ne m’a soudoyée).
Auteur: Alice du Gardin, 06/2025

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